Un problème véritable, mais une pauvreté de réflexion
Depuis le printemps passé, la région Magog-Orford se retrouve, bien malgré elle, à vivre une absurdité politique fondamentale, unilatérale et sous le bâillon. La loi 23 est imposée à l’Assemblée nationale en juin 2006, loi qui permet, entre autres, de vendre un patrimoine collectif exceptionnel, préservé et hérité de la génération précédente, à des intérêts privés, leur donnant ainsi le droit exclusif et légitime de construire, dans un parc national amputé, un complexe immobilier majeur. À la suite d’un tel bâillonnement des citoyens du Québec (qui n’ont jamais voté pour une telle solution), la MRC Memphrémagog et ses représentants, sur invitation du ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, emboîtaient le pas avec l’élaboration d’un projet sous des allures démocratiques discutables.
La pauvreté démocratique du projet de la MRC
Des 16 maires de la MRC Memphrémagog, un seul avait le mandat légitime de sa population pour voter pour ou contre un tel projet. Pierre Rodier, maire d’Orford, a voté contre. Mis entre parenthèses volontairement par ses adversaires, une pseudo-démocratie avait encore parlé au point d’en affirmer une unanimité aussi artificielle que circonstancielle. Un deuxième bâillon s’est donc manifesté. Des 14 autres maires ayant voté pour le projet de la MRC, aucun n’a consulté les conseillers municipaux ni encore moins la population. Nous connaissons la suite de l’histoire. Posons-nous la question : démocratiquement parlant, les représentants de la MRC parlent au nom de qui exactement ? Au pire, ils parlent, depuis le mois de juin passé, en leur nom personnel ne permettant pas à leurs citoyennes et citoyens de prendre position d’une façon personnelle et officielle sur un tel dossier : un troisième bâillon. Au mieux, ils représentent peut-être le 30% (source : Journal de Montréal du 27 juin 2006) de la population régionale et nationale qui désire qu’une propriété publique devienne expressément un domaine privé où l’activité principale de la montagne et du golf se résumerait, en partie, à la spéculation immobilière …
Que dire des 70% (source : Journal de Montréal du 27 juin 2006) des citoyennes et citoyens qui refusent de telles actions sans vision ? Comme eux, nous avons l’impression de nous faire avoir, nous avons vulgairement l’impression de nous faire baiser ! N’avez-vous pas le sentiment d’être sous un bâillon perpétuel ? Ne nous dit-on pas encore une fois, sous forme de démagogie racoleuse, de ne pas trop réfléchir à la chose publique, même celle qui nous concerne directement, ou pire encore de fermer nos gueules et faire aveuglément confiance en stipulant maladroitement que tout ça nous est complètement indifférent ?
La solution des représentants de la minorité : les intérêts partisans à court terme
Vendredi passé, le ministre Béchard, à 30 minutes d’avis, se présentait donc à Magog, flanqué des habituels du décor, c’est-à-dire M. Marc Poulin, maire de Magog, M. Pierre Reid, député libéral d’Orford et M. Roger Nicolet, préfet de la MRC de Memphrémagog. Le ministre annonçait enfin les grandes lignes de l’appel d’offres attendu depuis plus d’un mois. Le moment de l’annonce était, de toute évidence, encore une fois très stratégique et bien monté : attendre la fin des débats à l’Assemblée nationale et le début de la période des Fêtes pour mieux confondre la majorité. En fin d’avant-midi ce même vendredi, les gens de la région Magog-Orford et les gens du Québec étaient fixés sur les paramètres de l’offre, paramètres copiés sur les propositions de la MRC Memphrémagog élaborées l’été passé, à la sauvette.
Non à la sottise politique
Comme nous le savons maintenant, la place d’une vision citoyenne comme celle de la Coopérative dans un tel contexte de soumission gouvernementale fondait comme neige au soleil. Nous jugeons les paramètres de l’appel d’offres inacceptables et il est de notre devoir de citoyenne et citoyen de nous indigner devant une telle façon de procéder. Nous sentons un ras-le-bol très profond chez la population. Il est de notre responsabilité de nous lever et de dire non à la supercherie. N’oublions pas que c’est en réaction à un tel horizon qu’est née la Coopérative de solidarité du Mont-Orford. Nous voulons continuer à démontrer la possibilité réelle d’acheter les actifs de la montagne et du golf dans une perspective de développement économique, social et environnemental sans construction et spéculation immobilière. La Coopérative est devenue un joueur important dans le débat, présentant une position souhaitée par la grande majorité des gens toujours un peu silencieux face à de telles perspectives. Le ministre Béchard, le député Reid, le préfet Nicolet ont tous dit dans les médias comment la Coopérative était une alternative intéressante et qu’elle méritait sa place. Mais, ce ne fut que des paroles habituelles et flatteuses de quelques politiciens, car dans le concret ils ont tous décrété des paramètres qui excluent les initiatives citoyennes. « Allez, chers rêveurs et utopistes, payez vos taxes, ne criez pas trop fort et laissez-nous travailler en paix » semblent nous dire nos représentants politiques.
Pourtant, la Coopérative permet aux citoyennes et citoyens de prendre position de façon proactive sur de tels enjeux en devenant membres d’un projet financièrement rentable, socialement innovateur et écologiquement soutenable. Ainsi, nous pouvons faire une nette différence, encore plus aujourd’hui. La Coopérative du Mont-Orford est votre coopérative où vous pouvez, par votre membership, lancer un message clair face aux abus et à une non-reconnaissance de ce que les gens sont et veulent devenir. Mais voilà, depuis vendredi, la Coopérative elle-même et tous ses membres sont aussi sous un autre bâillon (on parle ici d’un quatrième bâillon en 6 mois !) : après insistance de notre part auprès du ministre Béchard et de certains leaders québécois (dont celle de M. Alban D’Amours, président du mouvement Desjardins), lui recommandant de prendre également en considération le fait qu’un projet citoyen coopératif sans condos voulait répondre à l’appel d’offres, rien de tout cela ne fut retenu : la Coopérative se retrouve donc aujourd’hui, de façon préméditée, exclue de cet appel d’offres qui exclut, par le fait même, le milieu Magog-Orford.
Nous croyons que les bases de l’appel d’offres sont sans fondements économiques, environnementaux et sociaux et qu’avant le 15 mai 2007, celui-ci pourrait être vraisemblablement modifié par la voie politique ou citoyenne. La Coopérative poursuit donc le développement de son projet. Très bientôt, nous rencontrerons les membres pour débattre de la question. Le conseil d’administration est plus que jamais prêt à relever le défi, parce que les enjeux actuels vont bien au-delà de la problématique locale et régionale de la montagne. Ils sont devenus aussi des enjeux de principes et de justice.
Les deux options possibles : deux projets de société différents !
Il est faux de prétendre qu’une seule option est acceptable et qu’il faut baisser les bras docilement. Il existe toujours deux options. Quelles sont-elles?
1. Celle du gouvernement actuel de vendre sous nos yeux un bien collectif hérité aux bons soins de quelques intérêts privés, privilégiant le rendement économique à court terme sous des allures erronées du développement durable. Ainsi va la démagogie : nous contenter d’un accès au ski et au golf par l’avènement d’un parc régional sans aucun financement municipal, aussi mal défini qu’imprécis tel que le démontrent actuellement les futurs gestionnaires d’un tel parc régional, c’est-à-dire la MRC Memphrémagog. Inutile de répéter que la gouvernance d’un tel projet appartiendrait exclusivement au promoteur qui pourrait venir de l’extérieur du Québec… Le ministre Béchard n’envoie-t-il pas ses missionnaires faire le tour de la planète à la reconnaissance d’un Messie, le saint sauveur d’Orford ? Ce sauveur aura un objectif en tête : maximiser son investissement en créant, lui-même, les meilleures conditions possibles: pressions indues sur des baisses éventuelles de salaires et des conditions de travail des employées et employés ; la volonté de dépenser le moins possible pour l’environnement et pour le développement local et régional. Que voudront-ils après : le lac et l’ensemble du parc ? L’exploitation immobilière est la prémisse de base de l’appel d’offres gouvernemental. Sans celle-ci, plus rien ne tient. Posons-nous la question : depuis quand des condos attirent-ils les touristes ? La montagne, comme site extraordinaire comme bien d’autres que nous devons protéger, n’a-t-elle pas, en elle-même, cette vocation naturelle ? Un tel projet ampute la richesse des écosystèmes, d’une histoire locale à se remémorer, d’un consensus social à valoriser. Le projet de monsieur Béchard ne crée aucune richesse durable. C’est donc très chèrement payé.
2. Celle d’un projet coopératif qui valorise plutôt les intérêts collectifs, la transparence, la liberté, la démocratie, la solidarité, l’équité, la prise en charge locale et régionale, l’appropriation d’un espace qui nous appartient depuis 1938, la promotion d’un potentiel touristique quatre saisons innovateur, un respect de l’environnement, la réalité d’un vrai consensus social… Voilà notre projet. En ces temps particuliers de changement climatique manifeste, le ministre du Développement durable (essayez de comprendre une telle distorsion logique !), de l’Environnement et des Parcs accepte de déboiser le bas de la montagne et de créer une pression additionnelle sur la nappe phréatique et les différents écosystèmes de la montagne. N’oublions pas que de telles actions ont toujours leurs conséquences respectives non souhaitées (prenons l’exemple des algues bleues sur nos plans d’eau…).
Notez bien que, pour l’instant, on se limite au bas des pentes, parce qu’un parc régional annoncé comme l’accès ultime pour les gens de la région au ski et au golf est peut-être la voie royale pour un dézonage éventuel et facile, permettant au nouveau promoteur une phase deux de construction qui viendra rentabiliser la phase un qui elle, devait permettre une rentabilité pour la montagne… Le même ministre cautionne également un appui inconditionnel à la venue non annoncée, mais nécessaire de nombreuses infrastructures manquantes : aqueduc, égouts, routes…. Qui paiera et pour combien de temps ?
Le seul moyen de gagner : construire ensemble une alternative
Nous en sommes, maintenant à l’étape 2 de notre stratégie : recruter, plus que jamais des membres, des citoyennes, des citoyens, des travailleuses et des travailleurs de la montagne et du golf, des skieuses et des skieurs, des golfeuses et des golfeurs, des gens qui soutiennent la mission de la Coopérative, des commerçantes et des commerçants de la région qui devront inévitablement saisir toutes les nuances à long terme qui se cachent derrière l’appel d’offres. Toutes et tous, individus et organisations de tout acabit, vous êtes invités à prendre position face un tel dilemme. Toutes les formes de bâillons provoquées par la situation actuelle sont à transcender. Nous devons y faire face. Il est temps que les citoyennes et les citoyens prennent la parole maintenant pour mieux agir. La Coopérative du Mont-Orford ne se taira pas malgré le fait qu’on la discrédite d’emblée à cause d’un processus d’appel d’offres pauvre et limité. La Coopérative se qualifie, à coup sûr, dans des champs supérieurs : le champ social, environnemental et économique. La plus grande caractéristique de notre offre sont les citoyens eux-mêmes, plus spécifiquement ceux et celles qui sont et seront membres. Voilà ce que le gouvernement et certains de ses leaders ne veulent pas comprendre et ne veulent surtout pas voir.
Permettons-nous de faire un appel à tous ceux et celles qui croient que leur participation citoyenne peut faire toute la différence. Le fait de devenir, en très grand nombre, copropriétaires des actifs de la montagne peut tout changer. Répétons-le, si la Coopérative doit paradoxalement acheter les terrains, c’est pour mieux les protéger. Elle négociera pour les rétrocéder définitivement dans les limites actuelles du parc national du Mont-Orford. Tout le monde est convié à un exercice de citoyenneté et de démocratie véritable. Citoyennes et citoyens, manifestez-vous ! Pour cela, nous avons expressément besoin de votre appui. Continuons notre travail de recrutement, de discernement et d’éducation. Ne laissons pas partir ce qui nous appartient sans nous manifester. Nos enfants et nos petits-enfants, qui se sensibilisent de plus en plus à de telles causes, ne comprendront pas notre inaction.
Aux inepties politiques actuelles sans nom, nous avons la possibilité et même le devoir de dire non. Le combat des Pionniers de 1938 continue. Nous avons l’obligation morale d’y répondre, malgré les nombreux empêchements qui semblent nous paralyser… temporairement. Exigeons de nos élus, obnubilés par les pressions politiques partisanes de courte vue, une vision plus perspicace, à long terme, du bien commun, ainsi qu’une gouvernance authentique de la richesse collective. Et s’ils ne le peuvent pas, démontrons-leur que nous le pouvons ! Voilà les raisons qui poussent la Coopérative du Mont-Orford à continuer son travail et son combat…
Alors, voilà aujourd’hui notre position : malgré le fait que nous ne répondions pas concrètement aux présents paramètres élaborés par le gouvernement, nous continuons notre travail en faisant, plus que jamais, la promotion de notre projet coopératif et en vous demandant d’appuyer la mission de la Coopérative en devenant membres. Ensemble, nous ferons la différence !